Critique : “Berlin Kabarett” au théâtre de Poche-Montparnasse

On est à Berlin, sous la République de Weimar, dans les premières années de la montée du nazisme. Kirsten dirige l’un des grands cabarets de la capitale allemande, qui vit à la fois dans la misère économique et sociale et dans la décadence des mœurs. Tel est le décor planté par Stéphan Druet pour sa nouvelle création, Berlin Kabarett installée jusqu’au 15 juillet au Théâtre de Poche-Montparnasse à Paris.

La musique a toujours occupé une place prépondérante dans les spectacles de Stéphan Druet. Tout juste auréolé d’un Molière pour L’histoire du soldat (déjà au Poche-Montparnasse la saison passée), le metteur en scène produit son “Kabarett” dans lequel plane l’ombre de l’ange bleu, La Dietrich. S’il confesse avoir repris quelques citations de Bertold Brecht ou encore de Karl Valentin, il les a imbriquées dans un texte de sa création qui en fait une œuvre tout à fait originale. Car Berlin Kabarett n’est pas une simple revue. Quand le rideau de la loge de Viktor (l’artiste principal du cabaret) se referme, celui des fêlures des personnages s’ouvre et nous plonge au cœur de la toxique relation mère-fils des protagonistes.

 

Pour jouer la tenancière du cabaret, Stéphan Druet a choisi une comédienne qu’il admire depuis toujours, Marisa Berenson. Belle performance pour celle qui commença sa carrière au cinéma dans Cabaret de Bob Fosse. Elle incarne à merveille cette femme de caractère mais aussi cette mère dont le fils n’est pas celui qu’elle aurait voulu.  Ce fils justement, est interprété par Sebastian Galeota. Muse du metteur en scène (Evita ; Renata, Amor amor à Buenos-Aires), il fait montre ici de tous ses talents. Il chante, il danse, se travestit, fait des claquettes. C’est lui le véritable artiste du Cabaret ! Mais il n’est pas seul ! Jacques Verzier joue le rôle de Karl, l’ex-amant de Kristen. Il accompagne Sebastian sur des numéros hilarants, nous offre des solos époustouflants de profondeur, narre l’histoire… Bref, un artiste complet pour une prestation sans-fautes.

 

 

Enfin la partie musicale est écrite et orchestrée par Stéphane -encore un !- Corbin (31). Ici, le créateur du collectif Les Funambules compose une partition de celles qui lui sont associées habituellement. De plus, il mélange ses compositions à celles de Kurt Weill et autres chansons d’époque, si bien qu’au final, on ne sait plus qui a composé quoi et c’est très bien comme ça ! La musique forme un ensemble tout à fait cohérent qui nous plonge au cœur de l’Allemagne nazie. Notons également la présence des deux musiciens qui sont complètement intégrés à l’histoire. Personnellement, nous avons craqué pour le costume de Victor Rosi (qui joue du cornet) qui lui sied à ravir ! Loïc Olivier souligne également par ses percussions les rebondissements et les coups de tonnerre de la narration.

 

 

S’il fallait (mais le faut-il vraiment ?) encore un argument pour finir de vous convaincre de vous ruer au Berlin Kabarett, ce serait celui-ci : “On n’en peut plus des adaptations de romans, de films, de faits divers ou encore de biographies de saintes ! On veut des œuvres originales et que vive la création française !” Ce Berlin Kabarett est la preuve vivante qu’il existe une création musicale française de qualité. Il est d’ailleurs fort à parier qu’on trouvera son créateur encore une fois parmi les favoris des récompenses théâtrales l’année prochaine ! En tout cas, on l’espère et on y croit !

Crédits photos : Victor Tonelli


Berlin kabarett
de Stéphan Druet

Du Jeudi au Samedi à 21h , le dimanche à 17h30, jusqu’au 15 juillet 2018

Au théâtre de Poche-Montparnasse
75 bd du Montparnasse
75006 Paris

Mise en scène de l’auteur. Musique Stéphane Corbin et Kurt Weill. Chorégraphies, Alma de Villalobos. Costumes, Denis Evrard. Lumières, Christelle Toussine. Direction vocale, Vincent Heden. Arrangements musicaux, Anne-Sophie Versnayen

Musiciens : Loïc Olivier, percussions. Victor Rosi, cor net.

Avec Marisa Berenson, Sebastian Galéota, Jacques Verzier (en alternance avec Olivier Breitman) et Stéphane Corbin (en alternance avec Simon Legendre).

Réservations dans les réseaux habituels

About Benoit Tourné 38 Articles
Passionné par le théâtre et la chanson française, j'ai été formé au conservatoire d'art dramatique de Perpignan. En 2010, j'ai rejoint le site Musical Avenue (site consacré aux comédies musicales) dont j'ai été rédacteur en chef pendant 3 ans. Je lance aujourd'hui "Vive Les Artistes" pour communiquer mon amour du spectacle vivant francophone. N'hésitez pas à me contacter. benoit [point]tourne[arobase]vivelesartistes[point]com

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